L’APPEL DE LA FABRIQUE

On compte peu de grandes villes comme Saint-Étienne, qui puise sa vitalité dans la diversité de ses cultures, de ses histoires et destins croisés. Ancien territoire industriel incontournable, la ville a été profondément marquée par des logiques extractivistes qui ont fragilisé son tissu social et économique, réduit les moyens d’action des habitant·es et laissé derrière elles précarité, vacance et stigmatisation. Mais malgré les fermetures, malgré la vulnérabilité, malgré la décroissance démographique, Saint-Étienne est restée une ville conviviale, accueillante et populaire !

Mais Saint-Étienne porte aussi une autre histoire.

Elle a su opposer à l’abandon une solidarité vivante et, grâce à l’engagement de es habitant.es, elle pu rester demeurer rayonnante et inspirante. Marquée par son tissu associatif et coopératif, ses dynamiques entrepreneuriales et ses initiatives culturelles et militantes, qui constitue un véritable terreau fertile duquel des alternatives ont toujours émergées.

Ici, des réponses sont nées du quotidien. Des initiatives concrètes, parfois fragiles, souvent bricolées faute de moyens mais portées par celles et ceux qui vivent et agissent sur le territoire. Cantines solidaires, ateliers de réparation, jardins collectifs, coopératives, ressourceries, lieux culturels, …

Autant de solutions “déjà-là”, précieuses, nées dans les quartiers populaire, portées par des habitant·es, dont il est essentiel de prendre soin.

Relier les forces, faire grandir les possibles

Fort·es de ces héritages, de ces initiatives et de ces résistances, nous, associations, coopératives et collectifs ancrés dans le territoire, avons créé La Fabrique de la Transition en 2019. Une conviction commune nous animait : cette force collective existe déjà, mais elle doit être reliée, renforcée et protégée pour faire émerger une société plus juste, plus solidaire et plus démocratique.

Nous avons voulu ouvrir une brèche.
Choisir la coopération plutôt que la compétition.
La mutualisation plutôt que les privatisations.
Le collectif plutôt que l’isolement.

Nous ne croyons plus aux grands plans imposés d’en haut ni aux promesses d’un monde qui se dit durable tout en continuant d’épuiser les humains, les ressources et le vivant. Nous croyons à des économies qui prennent soin des corps, des esprits et des territoires que nous habitons. Nous refusons que nos vies soient dictées par la seule logique du profit et par la marchandisation de tout.

Plus encore, nous refusons la résignation.

Un chantier à ciel ouvert où l’on teste, où l’on pose des brique, où l’on se trompe et on recommence.

Nous croyons à la force des victoires locales, aux coopérations qui inventent d’autres formes d’économie. Nous aspirons à une ville où chacun·e peut se nourrir dignement, où l’on répare plus qu’on ne jette, où l’on partage les savoirs, où l’économie sert la vie et non l’inverse.

Depuis ses débuts, au sein de la Fabrique, nous tissons un réseau vivant d’associations, de coopératives et de collectifs. Nous agissons là où nos vies se jouent : dans l’alimentation, l’agriculture, les mobilités, le numérique, le mobilier ou l’habillement. Parce que c’est en reliant ces domaines que l’on transforme en profondeur la dynamique de nos territoires, de manière collective et émancipatrice.

Pas d’illusions ni de fausses promesses, d’abord des méthodes : se relier, apprendre ensemble, expérimenter et mettre en commun. De cette manière de faire sont nées des solutions concrètes et collectives : une Caisse Sociale de l’Alimentation, pour garantir le droit à une alimentation choisie en construisant une assemblée de cotisant·es de tous horizons ; des filières locales de réemploi favorisant un accès aux biens essentiels, dans l’informatique ou le textile ; des établissements de restauration engagés dans des pratiques plus responsables ; des activités qui s’ancrent sur notre bassin de vie et des emplois utiles qui voient le jour. Des projets pensés non pas comme des vitrines, mais comme des réponses aux besoins et aux aspirations de toutes et tous. Des projets qui ne sont pas pensés par quelques un.es, mais réfléchis, portés et décidés ensemble.

Rien de tout cela n’est simple.

Faire ensemble plutôt que chacun·e dans son coin.

Comme beaucoup d’autres, nous composons avec des financements incertains, des équipes souvent réduites et des urgences sociales qui s’intensifient. Nous savons la fatigue militante, les dossiers à remplir, les réunions tardives et les projets qui prennent plus de temps que prévu. Nous connaissons aussi les désaccords, les tâtonnements, les moments de doute. Nous avons vécu d’être dans la détresse, ou face à elle, sans les moyens suffisants pour agir.

Mais nous connaissons aussi autre chose : la force des liens, les coups de main spontanés, les idées qui circulent, les réussites, petites ou grandes, qui redonnent de l’élan. C’est dans ces expériences partagées que se construit, pas à pas, une autre manière d’habiter ce territoire.

Ce travail est commencé, mais il reste immense.

Ensemble, continuons à ouvrir des brèches pour une ville plus juste, plus solidaire, habitable et conviviale.

Ce chemin ne pourra se poursuivre qu’en continuant à nous relier, à nous entraider et à coopérer. Partout, nous avons besoin de toutes celles et ceux qui pensent, bricolent, cultivent, soignent, organisent, transmettent. Il et elles sont nombreux et nombreuses à Saint-Étienne, comme ailleurs. 

Pour nous, l’heure est venue de consolider et d’amplifier nos dynamiques déjà à l’œuvre, là où nous sommes déjà implanté.es mais aussi de s’étendre dans de nouveaux quartiers, de nouveaux territoires. Nous devons garder ce soucis constant de penser et agir dans ces quartiers populaires, remplit d’une jeunesse à qui on en retiré tout moyen d’agir sur leur existence, de penser l’avenir avec espoir.

Et cette invitation dépasse largement un seul cadre : si ce n’est pas ici, ce sera ailleurs, avec d’autres, autrement. La coopération est déjà à l’œuvre en de nombreux endroits ; elle est une transition en soi.

Saint-Étienne, vivante et fière,
a encore beaucoup à fabriquer

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